Votre enfant veut devenir journaliste ? Les conseils d’Etienne Gernelle, directeur de la rédaction du Point
DEVENIR JOURNALISTE : "ce n'est pas un métier où l'on recrute sur CV".
Comment es-tu devenu journaliste ? Etait-ce le métier que tu voulais faire quand tu étais enfant ? J'ai voulu faire 50 métiers ! Pour commencer, j'ai voulu être "savant-chimiste", j'aimais bien faire des expériences assez destructrices pour la cuisine. Comme beaucoup de petits garçons, j'ai aussi voulu devenir pilote de chasse, astronaute, ou encore à une époque, avocat. Il y a des tas de choses que j'ai eu envie de faire, mais journaliste, ça c'est cristallisé vers 18 ans. Est- ce que ton passage à Sciences Po t'a aidé, soit dans ton métier, soit dans la procuration de ton métier ? Oui bien sûr, ça aide. Ça donne une culture générale. Mais mon métier je l'ai avant tout appris à travers les stages et mon tour d'Asie à vélo, pendant lequel je suis allé à la rencontre des gens.
Te souviens-tu du premier article que tu as écrit et pour qui ? C'était au Figaro, au service des Sports, un article sur un footballeur qui jouait dans un club de 3ème division au Paris Football Club. Pas une star, mais un type assez étonnant, un globe-trotter du football professionnel qui avait joué quasiment sur les cinq continents.
As-tu eu d'autres spécialités ? Quel a été ton parcours jusqu'à ton embauche au "Point" ? J'ai fait beaucoup de stages. J'ai donc travaillé au "Figaro" au service des Sports, à "France Soir" au service Culture, à nouveau au "Figaro" au service Etranger. Puis je suis parti au Pakistan, en freelance à l'époque, j'avais vendu mes papiers au "Figaro". J'ai ensuite commencé à faire quelques piges au "Point" au service Economie, avant d'y être embauché. Cela a été mon premier vrai job en CDI.
Peux-tu préciser ce qu'est une pige ? Cela consiste à être payé à l'article. Les tarifs peuvent varier : certains journaux paient à la ligne, d'autres au signe. Il y a encore des journaux où les tarifs sont modulables comme au "Point", en fonction de la difficulté de l'article par exemple.
C'est ainsi que l'on devient journaliste ? En commençant par des stages, des piges ? Oui, d'abord des stages, parce que c'est un métier qui s'apprend avant tout sur le terrain. On peut bien sûr faire une école de journalisme, cela peut aider, mais ce métier ne s'apprend pas en théorie. Les stages permettent de savoir si on aime ça, si on est bon ou pas. Et si on n'aime pas ça, on n'est pas bon. Je ne crois pas que ce soit un métier qui nécessite des qualifications particulières, sauf à savoir lire et bien écrire en français, et à parler au moins une langue étrangère. Pourquoi ce passage par des stages et/ou des piges ? Est-ce obligatoire ? Très souvent. Ce n'est pas exclusif, mais il est très rare de trouver un emploi du premier coup. Ce n'est pas parce quelqu'un a tel ou tel diplôme qu'il sera bon journaliste. Dans le cas d'un ingénieur qui sort de Centrale ou d'une autre grande école, on sait au moins qu'il a les qualifications intellectuelles et techniques nécessaires. Pour un journaliste, la qualifications la plus importante se vérifie sur le terrain. Ce n'est pas un métier ou l'on recrute sur CV, on n'embauche que des gens que l'on a déjà testés (je parle pour les jeunes). Il est donc possible, même très fréquent, de passer plusieurs années dans une situation précaire, à faire des stages, puis des piges, éventuellement un CDD, avant de décrocher un CDI. L'accès est globalement très difficile, beaucoup de gens n'y arrivent jamais, et ceux qui débutent sont assez mal payés. Quels conseils peut-on donner à des jeunes qui souhaitent devenir journalistes ? Qu'ils fassent un journal au collège, au lycée ou à l'université, c'est très amusant et c'est en pratiquant qu'on apprend le métier. Il faut tester, une fois étudiant, faire des stages. Et je crois qu'il est important de ne pas faire de fixation là dessus. Dans tous les cas, il reste préférable de suivre de bonnes études. Même si ce n'est pas une garantie, elles peuvent favoriser l'accès à la profession.