Dame digitale (Digitalis Purpurea) : la belle empoisonneuse s'invite au jardin
La chronique verte de Cap-eveil.fr, par Sophie Haubois
Il semble bien que Digitalis Purpurea fasse débat : entre les partisans de la cueillette et ceux de la cueillette photographique, entre ceux qui la disent protégée, "seulement" rare, ou bien encore ni l'un ni l'autre, entre les "attention danger, fleur mortelle" et les "eh oh, arrêtons la parano !", c'est sûr, la digitale ne laisse pas indifférent ! Mettons tout le monde d'accord : la digitale est grande, la digitale est élégante, la digitale peut être surprenante.
Personnellement, je n'ai eu besoin ni d'en couper, ni d'en égrainer, ni de voler un pied dans le sous-bois d'à côté (!), pour voir s'épanouir sous mes yeux de magnifiques hampes florales au début de l'été. Mon secret : un ami bourdon ! Et il faut dire qu'il a rudement bien fait son boulot, le bourdon ! Enfin lui, ou d'autres insectes polinisateurs.
Fin d'hiver / début du printemps : de nouvelles hôtes font leur apparition au jardin, le long d'un petit chemin caillouteux, à la mi-ombre d'un "pommier U". Des feuilles de quelques centimètres de haut d'abord, un poil duveteuses et suffisamment inhabituelles pour que me vint l'idée totalement saugrenue de les épargner lors de mes séances de désherbage. Je me réjouis d'avoir été si bien inspirée ! Tous les jours, j'ai observé l'évolution de ces mystérieuses invitées, qui ont d'ailleurs su jouer la carte du suspense jusqu'en juin. A la fin du printemps, des tigettes sont apparues, qui ont doucement grandi, s'ornant à leur extrémité de quelques boutons sans prétention. A ce stade, j'étais toujours dans le "est-ce que le shmilimiliblick est-il une grosse mauvaise herbe ?". Les plantes sont ensuite entrées dans leur phase "adolescente" : elles ont poussé poussé poussé, leurs boutons se sont multipliés en grimpant grimpant grimpant... le long de leur tuteur naturel. Puis ils se sont ouverts, en commençant par le bas.
Le résultat, je vous le livre en photos. Mes préférées sont les blanches -est la blanche devrais-je dire-, au fleurs délicates et si délicatement rehaussées de tâches prunes. L'ensemble a en tout cas produit son petit effet. J'ai même assisté en direct au développement spectaculaire d'une digitale géante : le monde est parfois bien grand, vu de mon mètre soixante... Les digitales mesurent habituellement entre 40 cm et 2 mètres, ce qui place ma géante dans la norme, mais quand même... en haut de la courbe !
Pour en revenir au débat initial, je ne puis vous dire avec certitude si les digitales sont protégées, ni sur quelles zones exactement, car je ne trouve pas d'information fiable sur le sujet. Retenons en revanche que ce sont des plantes très toxiques, à éviter de manipuler à main nue et à ne jamais porter à la bouche. Gare aux enfants et aux animaux domestiques donc. Pour ma part, je me suis tout de même fendue d'une récolte graineuse en bonne et due forme courant juillet, pratiquée avec des gants (ou penser à se laver les mains ensuite). Comme j'aime à le faire, j'ai également "aidé" un peu les belles empoisonneuses à effectuer leur semis naturel, en les frôlant, à peine, ce fut suffisant, pour libérer leur précieuse et généreuse semence.